Comment trouver les mots du pouvoir ? La parole présidentielle n’est pas une parole comme les autres, elle est riche et lourde de sens car elle écrit l’Histoire.
Les Présidents français ont tous dû, chacun à leur tour, relever le défi de convaincre les Français. Tous ont essayé d’haranguer les foules et de trouver le mot juste, la phrase percutante pouvant les persuader. Tous devaient user d’un formidable talent oratoire. Car si les Français cherchent un candidat qui leur ressemble, le charisme, la culture et l’éloquence n’en restent pas moins des éléments essentiels dans leur choix.
Les Présidents de la Cinquième République ont donc tous un lien étroit avec la littérature. Charles de Gaulle, seul Président à être publié dans la prestigieuse édition de la Pléiade, fut particulièrement à l’aise avec les mots:
Il faisait bien sombre hier. Ce soir, il y a de la lumière. Françaises, Français, aidez-moi !
François Mitterrand quant à lui a su également imposer son style et sa manière. Il entretient également un rapport particulier avec les mots, choisissant pour sa photographie présidentielle officielle de paraître en lisant un livre. S’attachant à limiter la parole présidentielle, il lui confère alors une importance et une solennité particulière. Sa parole, rare et précieuse, a su marquer les esprits par quelques phrases historiques.
« Nos peuples haïssent la guerre. Ils en ont trop souffert, et les peuples d’Europe avec eux. »
Plaidant pour l'installation de fusées américaines en Allemagne de l'Ouest contre l'avis d'une partie de la population.
« Les armes vont parler »
Annonçant l'intervention française en Irak.
Jacques Chirac a également réussi à imposer sa marque. S’il n’avait pas le verbe de son prédécesseur, il a su marquer et faire rire par ses formules. On se souvient particulièrement de cette expression, reprise de Rimbaud (dans le poème Le Cœur supplicié), décrivant « des histoires abracadabrantesques ». De même, en justifiant le financement du RPR, il déclare à propos de sommes douteuses « Ce n’est pas qu’elles se dégonflent. C’est qu’elles font ‘’pschitt’’ »
On peut également rappeler ici l’existence de discours moins bons, voire mauvais : le discours de dissolution de l’Assemblée Nationale de J. Chirac, peut être considéré, par son manque de clarté, comme non réussi.
À sa suite Nicolas Sarkozy s’est inscrit dans une rupture présidentielle sur la forme : fini l’image et la parole présidentielle rare et précieuse, place à l’hypermédiatisation, au président présent, qu’on entend tous les jours. S’il a brisé ce statut présidentiel, on n’en retiendra pas moins sa formidable capacité à soulever la ferveur des foules lors de ses meetings. On se souvient notamment du discours de Villepinte de 2007.
Il peut alors paraître intéressant de souligner un aspect particulier du verbe de N. Sarkozy, un outil récurrent chez lui et omniprésent dans ses discours pour soulever l’ardeur des foules.
En effet, pour susciter cette ardeur on note qu’il s’est spécialisé dans l’emploi de l’anaphore, procédé littéraire rythmant son discours avec une sorte de refrain. Prenons au hasard un seul exemple : dans son discours du Bourget de 2007 près de 10 phrases de suite commençant par « J’ai changé », puis près de 20 commençant par « La France, elle a » avec la mention d’un héros français, puis encore 14 phrases commençant par « La démocratie irréprochable c’est », et tant d’autres encore dans un seul discours ! Aucun de ses meetings et discours n’ont échappés à cette règle. Pour lui, les mots du pouvoir sont bien des mots répétés et martelés aux Français.
Avec François Hollande on assiste à un retour à une parole présidentielle plus classique. On remarque qu’Hollande a utilisé un procédé rythmique particulier lors de sa campagne : la suspension. Elle consiste en une longue tirade dont le sujet principal n’est énoncé qu’à la fin, créant une espèce de suspense. On retrouve ce procédé à maintes reprises dans ses discours, mais la plus célèbre est restée celle de son réel adversaire politique : le monde de la finance.
Dans cette bataille qui s'engage je vais vous dire qui est mon adversaire. Mon véritable adversaire. Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera pas élu. Et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance.
http://www.wat.tv/video/mon-adversaire-est-monde-finance-4stqr_2exyh_.html
Dans cette tirade François Hollande crée le mystère et le suspense sur son adversaire. Ce procédé de suspension retient l'attention de l'auditoire, c'est ce qu'il fait qu'elle a été reprise par tous les médias.
La spécialité de F. Hollande ? L’humour. Il ponctue ses discours, il est naturel et bienvenu. En déplacement à Amiens, auprès des ouvriers de Goodyear, une ouvrière lui serre la main:
«Elle n’est pas molle votre main!
– Ni la main, ni la tête. Et je ne dis rien du reste», rétorque du tac au tac François Hollande. (Cité par Hélène Fontanaud et Sophie Landrin dans «Les meilleurs ennemis. L’histoire secrète de la primaire socialiste», Fayard, 2011)
Peu l’ont égalé pour cet art, mais tous les présidents s’y sont essayés : l’humour attire l’attention de l’auditeur, fait facilement passer une idée, et se retient aisément.
Tous les présidents ont tentés le mode le l'humour, avec plus ou moins de succès...
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