Le récent visionnage du film documentaire Giscard, l’homme blessé coécrit par Franz-Olivier Giesbert, amène à mieux comprendre l’homme, son mandat, son caractère. Une chose saute aux yeux dès le début du film, et cette idée ne peut quitter la tête du spectateur. On a en effet un sentiment de déjà vu, une impression de redite. C’est que cette histoire en rappelle une autre. Tout à coup surgissent côte à côte deux images : celles de Valéry Giscard d’Estaing et de Nicolas Sarkozy. Certes de stature et de taille, ils n’ont à première vue rien à avoir en commun. Pourtant, tout les rassemble.
Une campagne en rupture
Giscard, tout comme Sarkozy, sont jeunes lors de la campagne : 48 ans pour le premier, et 52 ans pour le second. Tous deux mènent une campagne « à l’américaine ». Leur ascension politique fut rapide, tous deux troublent par leur dynamisme. Giscard a un slogan de campagne, « la rupture dans la continuité », Sarkozy martèle à tout bout de champ qu’il marquera une rupture présidentielle avec « une tradition déplorable de notre vie politique ». Pour Giscard, les Français sont lassés du gaullisme, malgré la modernisation lancée par Pompidou, et avec Sarkozy, ils sont lassés de présidents immobiles, dont on reproche la passivité et la réserve, n’ayant eu en 26 ans que deux présidents au style présidentiel effacé ; Bref, les Français veulent de la modernité dans ce monde qui change tant, Sarkozy et Giscard en sont l’incarnation, le renouveau.
Une surexposition médiatique
Tous deux ont une image de presse semblable et cultivent une surexposition médiatique. L’un apparaît sur son affiche de campagne avec sa femme (de même que pour les traditionnels « vœux présidentiels »), l’autre expose son couple à la vue des caméras, et diffuse des images de son fils lui souhaitant bonne chance lors de ses meetings. L’un se fait filmer en ski à Courchevel (et suivis par une nuée de journalistes), l’autre est fréquemment filmé lors de ses joggings. L’un remonte les Champs-Elysées à pieds, et invite à déjeuner des éboueurs, l’autre va dans les banlieues et adopte leur langage.
Une désacralisation de la fonction présidentielle
L’un comme l’autre avaient pour ambition de changer la fonction et la stature présidentielle, trop froide et distante à leurs yeux. C’est ainsi que Giscard ne revêt pas la grand croix de la Légion d’honneur pendant son investiture, organise des dîners chez les Français, forme des vœux de bonne année improvisés ; Sarkozy multiplie ses apparitions, tutoie les journalistes, divorce et se remarie avec une chanteuse-mannequin. Tous deux avaient commencé leur mandat dans l’espoir, ils susciteront exaspération: la distance que nécessite la fonction présidentielle prendra finalement le dessus.
Un mandat semblable
Exceptée par leur longévité, leur deux mandats se ressemblent, notamment par la crise à laquelle ils ont dû faire face, choc pétrolier pour l'un, crise des subprimes pour l'autre. Tous deux ont du faire face à une crise économique grave et sans précédent. Le chômage explose, le déficit se creuse, l’asphyxie menace. Pour y faire face, ils décident tous deux de mener une politique concertée avec les autres pays. Giscard crée le G6, Sarkozy convoque le G20. Pour tous deux, elle sera une des causes de leur échec et de leurs promesses non tenues. Enfin, ils conservent tout les deux cinq ans le même Premier Ministre, Raymond Barre (« l’esprit carré dans un corps rond ») et François Fillon.
La critique médiatique
Leur activisme et leur dynamisme finit cependant par les trahir. À vouloir trop en faire, les médias les dépeignent comme ridicules, et trop puissants. Ils veulent tout faire tous seul, et sont à la fois Présidents, Premier Ministres et ministres. Tous deux furent ainsi caricaturés en monarque, outrepassant leurs droits et leurs responsabilités. Sarkozy, ce fut Bonaparte ; Giscard, ce fut Louis XV. Giscard faisait de somptueuses réceptions à Versailles, Sarkozy fêtait sa victoire au Fouquet’s. Lorsque Giscard reçoit des diamants de l’empereur centrafricain, Sarkozy augmente son salaire de 170% et est accusé d’avoir tenté de faire nommer son fils à l’EPAD (l'Établissement Public pour l'Aménagement de la Défense).
Tous deux ont été battus par un même score, à 0,1% près, à leur propre réélection. Pour tous deux, il a été question de se représenter à la présidence de la République. Giscard ne l’a pas fait. La règle continuera-t-elle à s’appliquer ou serait-ce l’exception la confirmant ?

