"Les institutions, la Constitution, c’est une enveloppe. La question est de savoir ce qu’il y a dedans."
Charles de Gaulle
Entretien avec Michel Droit, 15 décembre 1965
Dans l’esprit de la Cinquième, le Président est un homme au-dessus des partis, rassembleur.
De Gaulle pensait en effet que les partis biaisaient la volonté du suffrage universel, que c’était même là l’erreur de la Quatrième République, qui était « le régime exclusif des partis », et donc d’une minorité. Pourtant il était impossible de les supprimer : les partis se sont vite adaptés à la Cinquième République en se formant autour de deux partis majoritaires. C’est pour cette raison qu’existe le Premier Ministre, l’homme par excellence des partis puisqu’il dépend de la majorité de l’Assemblée. Le Président de la République, élu au suffrage universel, est donc au-dessus de ces partis, qui se disputent plutôt le Premier Ministre.
Comment faire pour qu’un Président remplisse cette fonction de rassemblement ? Encore grâce au Premier Ministre. Le Premier Ministre forme un couple avec le Président vieux de l’Ancien Régime : le « méchant Mazarin » et le « gentil Louis XIII ». Louis XIII est l’homme du long terme, aimé, rassemblant une grande partie des Français. Mazarin est l’homme du court-terme, haï par les Français. Même le régime de Vichy a repris ce principe, avec le mythe du « méchant Laval » et du « gentil Pétain ».
Avec le quinquennat, les deux élections présidentielles et législatives, qui n’en sont en fait qu’une puisqu’au même moment, consacrent le pouvoir du Président de la République, élu à la fois par le peuple et par les partis. Le Premier Ministre est évincé du système. Il devient le fantôme de la République. L’équilibre fragile se défait. Le Président devient le Premier Ministre. Il n’est plus au-dessus des partis, il ne rassemble plus qu’un parti et une courte majorité.
Bien sûr, nous n’en avons pas vu les effets tout de suite. L’effet retardateur fut le produit Sarkozy : c’est l’exemple par excellence du Président-Premier Ministre. Présent sur tous les fronts, il devient le « méchant Mazarin » au lieu de rester en retrait, comme l’homme sage et rassembleur qu’il devrait être. On comprend mieux alors la difficulté du Premier Ministre pour exister : souvenons-nous des difficultés de François Fillon et de Jean-Marc Ayrault pour montrer qu’ils existent ! François Hollande, malgré quelques tentatives, n’échappe pas à la règle : il va même jusqu’à se faire cracher à la figure par une gamine de 15 ans pour l’affaire Léonarda !
Les anticipations directes de la réforme du quinquennat :
- Le Premier Ministre étant peu aimé pour les raisons exposées, il n’a donc jamais été élu lorsqu’il s’est présenté aux élections présidentielles. Or le Président a pris la place du Premier Ministre : il ne sera donc jamais réélu pour un second terme. N Sarkozy est le premier exemple d’une longue série !
- Le Premier Ministre n’étant plus d’aucune utilité, il ne sera jamais changé au milieu d’un mandat présidentiel. (1) Pourquoi changer de fantôme et risquer de montrer une instabilité de l’équipe gouvernementale ?
Le quinquennat a donc détruit une importante partie de l’équilibre de la Cinquième République. Cinq ans, c’est trop court. Deux fois cinq ans, c’est trop long ! Pourquoi pas un septennat non renouvelable ? Restons attaché au septennat, il est le trait d’union de deux Frances : à la fois l’héritage de la Troisième République et l’héritage de l’Ancien Régime, puisqu’instauré par une assemblée monarchistes, en vue d’une restauration monarchique.
(1) : ajout du 17/10/14: l'année 2014 a contredit cette prédiction, par le remplacement de J.-M. Ayrault par M. Valls à la tête du gouvernement. Pourtant, ce contre-exemple ne change pas le constat, puisque non seulement ce changement de Premier Ministre a eu peu d'impacts sur la politique de l'Etat, mais encore elle a fait passé M. Valls de l'ombre à la lumière, du néon au néant. Le Premier Ministre reste donc toujours un écran de fumée, dont le changement est bien plus une tactique pour évincer un concurrent politique potentiel que pour changer réellement de politique.
