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La vérité sur le programme du Front National

Publié par E.dLg sur 4 Juillet 2016, 22:33pm

Catégories : #Front National, #contre-courant, #politiciens, #programme, #présidentielles

La vérité sur le programme du Front National

Ce n’est pas moins que la vérité pure et nue que nous propose Maël de Calan, élu breton et soutien de Juppé, dans son dernier livre "La vérité sur le programme du Front National". Parmi tous ses arguments, quelles sont les armes les plus efficaces pour combattre un programme qui veut jouer sur tous les « fronts » et tout promettre à tout le monde ?

Une nouvelle méthode pour combattre le Front National : cessons de « rediaboliser » le FN et critiquons-le rationnellement

Jusqu’alors la stratégie principale des détracteurs du FN est de condamner le parti et son candidat a priori, moralement, cherchant à « rediaboliser » le FN, alors même que le FN cherche depuis bien des années à faire peau neuve, à se « dédiaboliser ». Plutôt que de le « rediaboliser », le livre tente au contraire pour la première fois de prendre au sérieux le Front national et d’examiner le plus sérieusement du monde son programme, comme on le ferait d’un candidat « classique ». Après avoir joué pendant des années sur la « peur » du Front national, le livre s’essaye donc à la critique plus rationnelle [1].

Les incohérences du programme preuve de clientélisme

La première arme contre l’usurpation du FN sont les incohérences majeures de son programme. Le FN a tendance à dire tout et son contraire, en voici un maigre florilège :

  • Le FN promet une hausse des prix agricoles aux agriculteurs et une baisse des prix de première nécessité (dont le pain, la farine) aux ménages. Il promet donc à la fois une hausse et une baisse du revenu des agriculteurs.
  • Le FN propose à la fois une augmentation de 200€ des salaires jusqu’à 1500€, ainsi qu’une baisse des charges globale des TPE/PME. Cela semble difficile de respecter l’un et l’autre, voire impossible, en tout cas clientéliste. [2]
  • « Quant au Qatar honni, dont la France serait devenue la « catin » (Marine Le Pen en septembre 2013), il est assez cocasse de relire là encore le programme de 2012, quand le FN voulait restaurer la politique arabe de la France. « Les guerres d’Irak et les révolutions arabes auront eu progressivement raison de notre influence dans le monde arabe. Le Quai d’Orsay se targue aujourd’hui de notre partenariat avec le Qatar. Certes le Qatar est très riche en gaz et développe sa propre influence dans le Golfe et audelà, mais notre politique arabe ne saurait se réduire à ce petit émirat ! » [3]

 

Position hargneuse et injustifiée du FN envers les Grandes entreprises

Le FN sait enchaîner des positions politiques parfois caricaturales. Ainsi, il n’hésite pas à critiquer les « très grandes entreprises du CAC 40 qui, ivres d’expansion mondiale, n’emploient ni n’investissent plus sur notre territoire », surfant sur une vague d’anticapitalisme. Cependant, fait remarquer l’auteur, 230 entreprises françaises de plus de 5000 salariés contribuent à 33% de la création de valeur ajoutée en France, à 38% des investissements, à 36% des dépenses de R&D. Elles effectuent près de 20% de leur achat auprès des PME françaises. »

Une politique économique hasardeuse

Il est souvent délicat de critiquer le programme économique du Front National, qui est parfois hasardeux, aux conséquences incertaines. Voici donc quelques armes économiques

  • L’erreur de l’argument « baguette de pain »[4]

Une des premières critiques faites à l’euro de la part du FN est souvent qu’il est « trop fort » (comparé au dollar notamment). Cependant, et ceci est assez contradictoire, on lui reproche d’être responsable d’une forte inflation, et ce grâce à l’« argument baguette de pain » : la baguette de pain est passée de 1 franc à un euro en quelques années, avec le passage à l’euro. Or, il s’avère que comparativement aux décennies antérieures et aux autres pays, l’euro a permis une inflation relativement basse, si basse même que certains économistes souhaiteraient qu’elle soit plus forte.

  • Le flou volontaire du 1€ = 1 Franc

La sortie de l’euro est un sujet qui fait peur à l’électorat potentiel du FN, et celui-ci essaie tant bien que mal de rassurer à ce sujet. Un de ses arguments phares est ainsi de dire que le passage de l’euro au franc se fera sans douleur, car il se fera à la conversion 1€=1FF, donc apparemment tout reste comme avant. Sauf qu’ils ne précisent pas combien de temps durera cette conversion, car le FN compte la dévaluer ensuite pour rembourser sa dette « en monnaie de singe », faisant baisser le cours du Franc et augmenter l’inflation.

  • L’erreur de financer notre dette par le déficit[5]

Cependant, cette dernière idée de rembourser notre dette en une monnaie dévaluée, c'est-à-dire en « monnaie de singe », semble complexe, soulève Maël de Calan : notre dette aura été contractée en euro, monnaie qui survivra suffisamment à notre sortie de l’UEM pour que nos créanciers réclament à être rembourser dans la même monnaie. Il ne fait aucun doute que rien ni personne ne nous permettra de rembourser notre dette dans une autre monnaie que celle que l’on nous a prêté.

  • L’équilibre du budget chez Marine Le Pen[6]

On entend souvent que le FN n’est plus, de par son programme, un parti d’extrême-droite, mais bien un parti qui se rapproche de l’extrême-gauche de Mélenchon. Lorsque l’on constate que Marine Le Pen désire effectuer 165Md € par an de dépenses supplémentaires au bout de 5 ans, soit 8% du PIB, on ne peut qu’acter une ivresse de dépenses publiques habituellement plus propre à la gauche.. Par comparaison, le programme de François Fillon cherche, lui, à faire 100Md € d’économies sur 5 ans. Sachant que beaucoup de dépenses du programme ne sont même pas chiffrées : à titre d’exemple, rétablir un contrôle aux frontières coûterait ainsi entre 2 et 10Md €, qui ne sont pas comptabilisés dans les comptes du programme.

ZOOM : l’évolution idéologique du FN

Nous avons eu également la chance de tomber par hasard sur le livre Pour la France de Jean-Marie Le Pen, qui est le programme du Front National de 1985. Même si nous le savons, il est toujours impressionnant de se confronter de si près au saut idéologique qu’a fait le parti de la famille Le Pen.

On peut ainsi lire dès la Préface « Toutes les politiques se donnent pour objectif le bonheur des peuples mais il n’y a pas de peuple heureux. Le bonheur est une conquête individuelle que l’Etat ne peut fonder ni l’économie garantir. C’est en levant les yeux, en dépassant son propre égoïsme, en servant les communautés dont il est membre et, d’abord, les principales : la Famille et la Patrie, que l’homme a le plus de chances de construire son bonheur. » On y voit aisément les relans défraichis du poujadisme et du credo vichyste.

Il est amusant de voir le libéralisme éhonté du Front National de l’époque, comme en témoigne son chapitre VI : « Impôt : en finir avec l’inquisition fiscale », et qui est un ode à la réduction du rôle de l’Etat. On doute que l’on retrouverait aujourd’hui par exemple certaines sous-parties du chapitre intitulées « La poule et l’œuf : c’est l’impôt qui crée la dépense », « Pas d’impôts sans vote du gouvernement », « supprimer les impôts brimades », …

À l’heure où le FN prône un protectionnisme, on s’étonne de trouver des parties intitulées « libérer la commercialisation des produits », « Rétablir la libre concurrence », « La libération de l’économie : la dérèglementation et la suppression des aides », … Et tant d’autres !

Bien sûr, on peut dire que je fais un mauvais procès au Front National : il n’est pas le seul à avoir eu ce discours puis à avoir retourné sa veste. Un programme tel que celui-ci s’inscrit en effet dans un courant idéologique où le libéralisme a le vent en poupe. Cependant, ce libéralisme du Front National n’est pas qu’une mode : il est inscrit dans ses racines poujadistes, reposant sur un électorat d’artisans et de commerçants qui sont favorables à un Etat minimal fiscalement. Le Front National a bien complètement et totalement changé sa ligne sur ce point, vraisemblablement. Et pourtant, ces racines se perçoivent encore et constituent un des paradoxes du Front National : pas auprès de Marine Le Pen, ni auprès de Florian Philippot, mais bien auprès de Marion Maréchal Le Pen !

En effet, alors que le Front National a le programme que nous connaissons, qui est essentiellement protectionniste, interventionniste, , social, cette dernière déclare sur propre parti[7] : « Aujourd’hui, au FN, nous sommes des souverainistes, libéraux, attachés à l’économie de marché. » Et, pour justifier sa pirouette : « Les intérêts des salariés ne sont pas forcément en contradiction des chefs d’entreprise. » Enfin, pour finir, elle déclare qu’il n’y a « pas du tout d’augmentation du SMIC de prévu ». Là c’est faire fort puisque c’est renier le Programme de son Parti qui annonce une « augmentation de 200 euros net des rémunérations des salaires jusqu’à 1,4 fois le SMIC ».

 

Estimation du coût de l’immigration[8] :

Dans son programme, le FN chiffre le coût de l’immigration à 70Md € par an pour le contribuable. Le « Rapport annuel sur les perspectives des migrations internationales 2013 », chapitre sur « L’impact fiscal de l’immigration dans les pays de l’OCDE », chiffre plutôt le coût de l’immigration à 10Md € par an pour le contribuable. Et ce n’est pas un rapport optimiste : le chiffrage de Xavier Chojnicki et Lionel Ragot dans L’immigration coûte cher à la France. Qu’en pensent les économistes ? parviennent à un solde positif de 3,9Md €. Voilà un chiffrage qui déséquilibre le chiffrage du programme du Front National.

Sur les chiffres de l’immigration légale, l’auteur nous rappelle également que sur les 200 000 entrées par an, la moitié d’entre eux disposent de titres de séjour pour motif économique (ils ont déjà un contrat de travail à obtention du titre) ou pour des étudiants étrangers). La ramener à 10 000, comme le précise le programme du FN, semble surréaliste.

Le Hic du livre : où l’on se souvient que Maël de Calan fait partie de l’équipe d’Alain Jupé.

S’il est vrai que ce livre a débusqué de bons arguments concrets et rationnels contre le FN, ce dernier manque également de rationalisme à cause de son dogmatisme. Certains passages parsemant le livre le rendent, au fur et à mesure, moins objectif. En voici un exemple parmi d’autres : « Or, si ce contrôle [des frontières] a été aboli en 1986 au terme d’un long processus de libéralisation, c’est pour de bonnes raisons. (sic) ».

Enfin, une incompréhension demeure. L’auteur ne cesse d’affubler le Front National d’un sobriquet qu’il prend comme une injure alors qu’il est un éloge : il appelle continuellement le Front National « les patriotes » (entre guillemets). Bien sûr, c’est de l’ironie. Sauf que répété à tout bout de champ sans que les arguments avancés n’aient plus rien à voir de près ou de loin avec le patriotisme (dont le livre ne traite en réalité pas : il cherche à voir la viabilité rationnelle d’un programme, non de sa viabilité pour la France), alors on finit par croire que l’auteur pense que patriote est une injure. En résulte une vague impression de malaise qui ne peut nous empêcher une grimace toute les 10 pages ou cette « injure » est proférée.

Malgré ce manque de subjectivité, ce dogmatisme et ces écarts, Maël de Calan permet bien de se constituer une provision d’arguments de bataille contre le FN, de mieux comprendre ce qui se cache derrière sa communication sans faille depuis plusieurs mois. Avec ce livre, Alain Jupé prépare déjà l’élection présidentielle, voyant presque la primaire comme une formalité. C’est sans doute brûler un peu les étapes...

 

[1] Plus précisément à travers le « Programme politique du Front national » de 106 pages ainsi que le projet présidentiel de Marine Le Pen, regroupant 150 propositions sur 16 pages.

[2] La vérité sur le programme du Front National, Maël de Calan, p28

[3] Ibid, p163

[4] Ibid, p78

[5] Ibid, p103

[6] Ibid, p132

[7] Marion Maréchal Le Pen, invitée du Grand Jury le 17/04/2016

[8] Ibid, p135

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