Contrairement à la gauche qui est souvent dans le consensus et le débat de ses différents courants, la droite elle ne peut exister sans leader. La droite en France a toujours eu besoin d’un chef pour son parti : l’UNR avait de Gaulle, l’UDR avait Pompidou, le RPR avait Chirac, et l’UMP avait Sarkozy. Le départ de N. Sarkozy de la vie politique laisse une place vide, qui ne demande qu’à être prise. Pourtant la situation est loin d’être aussi simple : N. Sarkozy est-il vraiment parti ? N’avait-il pas, bien avant novembre, déjà divisé son parti ?
La droite a déjà essuyé des crises, des combats entre ses chefs. On se souvient de la « traîtrise » de Chirac envers Chaban-Delmas en 1974, de la guerre entre Chirac et Giscard en 1981. Cependant il ne s’agissait pas de lutte interne à un parti, Valéry Giscard d’Estaing n’étant rattaché à aucun.
La crise la plus semblable à l’actuelle semble alors être celle de 1995 entre Chirac et Balladur, les « amis de trente ans ». Des similitudes très intéressantes puisque la situation de Fillon semble très semblable à celle de Balladur en 1995: tous deux furent Premier Ministre, plus centristes, proclamés vainqueurs par K.O. dès le début de la campagne, soutenus par tous, mais battus à la surprise de tous. Cependant en 1995 cette crise s’est bien vite réglée par la montée au pouvoir de J.Chirac, et le RPR était dirigé par un fidèle chiraquien, A. Juppé. Aujourd’hui, pas de Juppé à la tête du parti, et pas d’élection présidentielle imminente…
Les contradictions de l'UMP laissaient présager une rupture
L’UMP, c’est l’alliance presqu’oxymorique d’une droite libérale, centriste, et gaulliste, du RPR et de l’UDF. Concrètement, elle se traduit par un discours "RPR" et par une politique "UDF".
Un exemple : l’UMP, c'est, dès sa création sous Chirac, ces grands discours sur l’insécurité et l’immigration, thèmes très largement repris en 2007 par N. Sarkozy. Pourtant, l’UMP, c’est aussi une politique très européenne, une économie largement libérale !
Dans les années 1990, Charles Pasqua et Philippe Seguin avaient déjà dénoncé le revirement de la droite vers le centre et avaient tenté de ramener le RPR à son inspiration gaulliste initiale. Ce changement politique fut en effet bien visible avec avec la campagne de 1995 de Chirac, qui avait étonné par son discours très social dénonçant une « fracture » sociétale.
Une division reprise et amplifiée par Nicolas Sarkozy
N. Sarkozy a hérité de ces contradictions, par son style et son discours, entouré de Guéant, Guaino et Morano d’un côté, de Pécresse, Baroin et Bertrand de l’autre. C’est aussi lui qui a contribué à diviser son parti par une campagne au ton très RPR, et nombreux furent ceux qui critiquèrent, après coup, cette « droitisation ».
Une droite coupée en deux, entre deux tendances politiques, dont les différences ont été ravivées par la campagne de N. Sarkozy. Cette séparation n’est donc en rien une surprise, mais bien une bombe à retardement de contradictions politiques aujourd’hui inconciliables. L'UMP ne semble donc pas en mesure de répondre vite à cette crise, la situation semble insoluble... Quel avenir alors pour ce parti? Le mieux ne serait-il pas de souhaiter un retour de Sarkozy afin qu'il rassemble son parti et désigne un successeur?
Un retour de Nicolas Sarkozy?
Le succès de son discours d'adieux (que personne ne conteste) pourrait laisser croire à un retour du personnage dans la vie politique, au vu notamment des nombreux sondages. Il faut cependant noter qu'un tel phénomène serait unique dans l'histoire de la Vème République. Comme lui, Valéry Giscard d'Estaing avait espéré se représenter en 1995, mais avait finalement abandonné. Un personnage politique utilise bien vite tout l'espoir qu'il suscite, et les Français ont alors besoin d'en formuler de nouveaux en changeant de favori.Or, comme Giscard, Sarkozy avait vite usé tout cet espoir en suscitant l'exaspération et la critique médiatique. Même si tous deux sont (de loin) les plus jeunes Présidents lors de leur élection, le pouvoir use, surtout quand on ne l'a plus.
La question de l'avenir du parti et de l'homme politique reste donc entière.
Sources :
http://www.lefigaro.fr/politique/2012/11/26/01002-20121126ARTFIG00442-le-duel-fratricide-a-droite-une-figure-imposee-de-la-ve.php
http://www.lcp.fr/emissions/ca-va-ca-vient/vod/140739-la-droite-et-la-culture-du-chef
http://www.rtl.fr/video/emission/la-chronique-d-eric-zemmour/la-chronique-d-eric-zemmour-la-victoire-posthume-de-philippe-seguin-7755206475

